Quelques thèses essentielles sur la plastique pure

  1. La plastique pure est donc à la fois un objet (le plastème ou rapport plastique), un champ perceptif autonome (celui des rapports plastiques), et une faculté perceptive spécifique.
  2. La discipline théorique qui se rapporte à la plastique pure peut être désignée sous le nom de plastématique.
  3. Le désir de plastique pure est centré sur les rapports visuels dénommés plastèmes. Les plastèmes procurent un plaisir propre, spécifique à un art singulier (Aristote, Poétique).
  4. La théorie de la plastique pure pose ainsi en principe la nette distinction entre une peinture d’image et une peinture de forme. Elle marque la différence entre Picasso et Dali, Matisse et Magritte, Giacometti et Warhol, Cézanne et Chirico.
  5. La peinture, sa substance et son champ d’exercice, s’organise en cinq fonctions de plastique pure.
    1. Fonction formelle autour de la forme centrée, l’ampleur et la solidité constructive quelle que soit la forme, ondulée ou compacte; et 1a fonction formelle de composition agençant l’équilibre des masses et des plans.
    2. Fonction lumineuse centrée sur la souplesse des passages d’ombre et de lumière quels que soient les contrastes.
    3. Fonction colorée recherchant l’accord des tons, l’intensité ou la profondeur du ton.
    4. Fonction spatiale creusant la profondeur de l’espace ou la force latérale des aplats et de la surface.
    5. Fonction matérielle exprimant la richesse et la consistance de la matière quels que soient la liquidité ou l’empâtement.
  6. Tout ce qui n’est pas plastique pure, comme le dadaïsme et l’art contemporain d’installation, est une dérive du mode d’appréciation poético-littéraire en art auquel il faut donner le nom de totalittéraire, la clôture littéraire.
  7. Dans l’art contemporain tous les arts ont empiété sur la peinture, jusqu’à sa disparition ou en laissant quelques peintres alibis sans propos plastique.
  8. La plastique détermine un comportement éthique, et un mode d’appréciation spécifique différent des autres arts qui ont le leur. Le comportement éthique qui en découle, sorte d’habitus, rejette le genre dominant du mélange des arts (dadaocapitalisme et totalittéraire), l’anti-art contemporain sans anti-art contemporain, l’art conceptuel parodiant l’entreprise, et la critique anti-artistique des institutions, etc.
  9. L’art de plastique pure, à la fois éthos et perception spécifique, s’efforce de mettre entre parenthèse le capitalisme littéraire dominant du pouvoir en art et réprouve aussi l’art des bonnes causes qui en constitue le motif politique et éthique. L’art des bonnes causes sans plastique existe au moins depuis les Incohérents, groupe d’écrivains faussement dessinateurs qui s’est constitué pour venir en aide auxvictimes d’une explosion de gaz à Paris, par la vente de leurs dessins dont ils reconnaissaient volontiers la médiocrité.